AA.VV.: (Àlvarez, A. - García Entero, V. - Gutierrèz, A. - Rodà, I.), El marmor de Tarraco. Explotació, utilizació i comercialització de la pedra de Santa Tecla en època romana / The Quarrying .... (Hic et nunc, 6). 106 p. col. : 69 il. col. Texto en catalán e inglés, ISBN: 9788493680909, 37 €
(Institut Català d’Arqueologia Clàssica, Tarragona 2009)
 
Compte rendu par Oncala Macarena
(m_oncala@hotmail.com)

 
Nombre de mots : 1031 mots
Publié en ligne le 2011-07-25
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=931
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          Cette revue apporte une réponse scientifique aux problèmes d’identification géologique en Catalogne concernant le marbre de Santa Tecla dans la région de Tarragone, et également celui d’Illisós et d’Ampurias ou pierre d’Isona, tous deux dérivés de Santa Tecla, pour lesquels l’exploitation et l’extraction ont commencé à l’époque romaine. En l’an 77 après notre ère, Plinius l’ancien écrivait dans son ouvrage Naturalis Historia que l’on attribuait la dénomination « marmor » aux pierres susceptibles d’être polies, leur attribuant un aspect brillant évident.

 

L’ouvrage s’articule autour de deux axes complémentaires :

– dans un premier temps, il aborde les questions fondamentalement géologiques, comme les différentes dénominations et descriptions géologiques, types de matériels… (description macroscopique, différenciation et similitude vis-à-vis d’autres roches calcaires catalanes et du bassin méditerranéen).

– dans un deuxième temps l’accent est mis sur l’aspect archéologique comme l’exploitation des carrières, les utilisations, sa chronologie et son exportation dans l’Antiquité. 

               

          La Pierre de Santa Tecla se retrouve dans toute la région de Catalogne : Tortosa, Xàtiva, Isona, Garraf. On peut observer au microscope qu’elle possède différents calcaires de type micritique de matrice calcaire/argile et de ciment calcaire, de quartz en grain de petite taille et arrondi. On y trouve des signes imprécis de dolomitisation naissante et fractures abondantes de calcite recristallisée. L’oxyde de fer est assez fréquent et se retrouve disséminé dans toute la roche. Ses couleurs varient entre le rose, le jaune et le gris clair parsemé de bandes blanches et points vermeils,  le plus utilisé étant le jaune avec des noyaux et bandes blanches, et capillaire rouge-violacé. Comme évoqué précédemment, il existe d’autres variantes : grisées avec des veines de couleur bordeaux ou rose avec des tonalités violettes.

 

          Du fait de cette coloration si caractéristique, il est généralement difficile de la différencier au microscope des autres pierres comme celles d’Ampurias, Isona, Buixcarró, et certaines variantes de Porta Santa. C’est pourquoi cet ouvrage insiste sur la présentation d’autres typologies apparues dans la péninsule ibérique et dans  le bassin méditerranéen afin de comprendre ses similitudes et différences, et ainsi de pouvoir les différencier de manière adéquate.

 

 

          Ainsi, nous retrouvons d’autres roches péninsulaires semblables à celle de Santa Tecla comme le « Jaspi de la Cinta »  ou « Brocatello » (Tortosa), le calcaire de Garraf ou pierre d’Ampurias, l’Illisos ou pierre d’Isona et la  pierre de Buixcarró de Xàtiva :

  • Le Brocatello est extrait de la falaise de Llet, de tonalité vermeille et rouge, fut notamment exportée dans la partie occidentale du bassin méditerranéen, se convertissant en l’un des plus apprécié à l’époque romaine ;

  • La pierre d’Ampurias, de veines capillaires jaune et rouge, possède certaines similitudes avec celle de Santa Tecla. Il est difficile ainsi de la distinguer autrement qu’à l’aide d’une analyse microscopique. Elle s’étend sur toute la région de Guisona, Isona, Santo Román de Abella et Abella de la Concha ;

  • La Pierre d’Illisós se distingue par sa tonalité oscillant entre le gris (de la tonalité la plus claire à la plus sombre, quasi noire) avec de fines veines (0,05 mm) aux tonalités se rapprochant du rose et du vert ;

  • Concernant la pierre de Buixcarró, l’examen ne spécifie aucune caractéristique géologique, se limitant à son utilisation à l’époque d’Auguste pour la décoration et l’architecture, se référant à plusieurs sites de cette zone comme, entre autres,  Saguntum, Lucentum, Calpe, ainsi que différentes villes de « l’Hispania » romaine telles que  Carranque (Toledo), Segobriga (Segovia), et le théâtre Caesar Augusta (Zaragoza).

 

          D’autres matériaux similaires au marbre de Santa Tecla (avec les variantes de coloration, du gris au rose), que l’on retrouve au niveau du bassin méditerranéen, sont présentés :

  • Le Giallo Antico ou marbre numidicum extrait de Chemtou (Tunisie) d’un jaune peu uniforme, compact, dont l’épaisseur excède rarement le centimètre ;

  • Le Giallo Siena, très proche du marbre de Santa Tecla qui fut exploité localement à l’époque romaine ;

  •  La Breccia Nuvolata Gialla d’Algérie ;

  • La Porta Santa d’Italie, rose d’une grande variété de tonalité ;

  • Le Breccia Corallina (Turquie).

 

          Ensuite, l’ouvrage est consacré aux caractéristiques géologiques générales de la zone de Tarragone, cette dernière faisant partie du bassin mésozoïque du Garraf auquel appartient le marbre de Santa Tecla. Toutes ces informations sont parfaitement illustrées par des cartes géologiques : localisation des différentes carrières d’exploitation (11 au total), des affleurements crétacés ; les aspects sociaux des exploitations (existence d’officinae) ainsi que les différents types de production, la main d’œuvre spécialisée. Les divers types de commerces que l’on pouvait rencontrer en relation avec la pierre extraite sont également minutieusement détaillés.

 

          Le volet archéologique s’articule au travers de la chronologie des exploitations, de la dispersion géographique et de l’utilisation de la pierre de Santa Tecla à l’époque romaine. En rapport avec l’utilisation de ce matériel tant apprécié, les pièces les plus nobles étaient employées dans les zones les plus visibles des villes et de l’intérieur des bâtiments. A l’inverse, les pièces de moindre intérêt étaient généralement dissimulées à des endroits plus reculés ou discrets.

 

          Bien que présente à travers un large éventail d’utilisations, à savoir revêtements, structures architectoniques (bases, seuils, traverses, colonnes, architrave, pavage), sarcophage simple (triglyphes), piédestaux tripartites, piédestaux monolithiques, autels, stèles (présentant presque toutes des similitudes, et pour lesquelles on suppose qu’elles purent être exportées), l’utilisation de la pierre de Santa Tecla reste limitée en sculpture du fait de sa dureté et de sa résistance qui compliquent le travail de taille.

 

          Grâce aux inscriptions de Tarraco, les auteurs présentent une chronologie ante quem au Ier siècle av. J.C. (pour une plaque dédiée à Tiberius). A l’époque flavienne, le marbre de Tarraco connaît son moment de gloire, déclinant peu à peu par la suite à partir de la fin du Ier et début du IIe siècle ap. J.C. (terminus postquem). Exploité jusqu’à la moitié du même siècle, il continuera à être utilisé jusqu’à Diocletianus Augustus environ.

 

          En résumé, est ouvrage est à recommander aux spécialistes d’architecture classique et plus particulièrement à ceux orientés vers l’étude des matériaux lapidaires. Ces matériaux sont richement illustrés tout au long de cet ouvrage parde nombreuses photographies microscopiques en couleurs du marbre de Tarraco de Santa Tecla et de ses variantes, en plus de nombreuses autres variétés. Le lecteur y trouvera des informations fort utiles quant à la reconnaissance de certains marbres. L’ouvrage présente également de nombreuses images de vestiges archéologiques de carrières, d’objets archéologiques architecturaux comme les seuils et autres comme les pavages en sectile, sarcophage, colonnes, inscriptions… De plus, il regroupe une grande variété de cartes géologiques de la zone catalane et l’implantation de certaines carrières, cartes de la péninsule ibérique et table de calculs volumétrique des matériaux ornementaux utilisée dans la province. Il propose également une bibliographie riche et variée à consulter. Unique bémol, cet ouvrage écrit en catalan et en anglais présuppose de son lecteur un bon niveau scientifique dans une de ces deux langues.