Charbonneaux, Jean - Martin, Roland - Villard, François : Grèce classique (480-330 avant J.-C.) (Le monde grec, III) [1969]. Présentation et mise à jour bibliographique de Bernard Holtzmann. Collection L’Univers des Formes, nouvelle présentation, 384 pages, 277 ill., cart., sous couv. ill., 195 x 235 mm, ISBN 9782070125739, 29 €.
(Gallimard, Paris 2009)
 
Compte rendu par Cécile Colonna, Bibliothèque nationale de France
(cecile.colonna@bnf.fr)

 
Nombre de mots : 1343 mots
Publié en ligne le 2015-08-25
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=941
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          Ce volume est le troisième de la collection Univers des Formes consacré à l’art grec. Comme ses prédécesseurs, ce classique de l’histoire de l’art, paru pour la première fois en 1969, a été récemment réédité dans un nouveau format qui comporte des changements et des mises à jour importantes. Les partis-pris éditoriaux de cette entreprise sont communs à tous les volumes, aussi nous ne répéterons pas les remarques émises dans les précédents comptes rendus qui gardent leur pertinence pour ce volume (http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=337 et http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=574 ). Les auteurs qui traitent de l’art grec de la période classique sont les même que pour la période archaïque : Jean Charbonneaux (pour la sculpture), Roland Martin (pour l’architecture) et François Villard (pour la peinture et la céramique), et la présentation et la mise à jour bibliographique sont à nouveau signés par Bernard Holtzmann.

 

         Le texte original a été, comme de coutume, conservé en l’état. Chaque spécialiste traite à tour de rôle des trois grands domaines de la création grecque, prenant directement la suite du volume précédent. Si, à nouveau, cette organisation empêche une vision synthétique des différentes phases de la création et ne favorise pas les renvois explicites entre les œuvres relevant de différents domaines, elle permet de juger de la richesse et de l’originalité de chaque art. Les auteurs, d’une plume enlevée, dont la verve est très agréable à lire, racontent les différents aspects de l'aventure de l'art grec à l'époque classique. Ces textes sans sécheresse mais d’une grande précision ne reculent pas devant la figure de style pour faire comprendre un trait, un mouvement, une nuance.


          Une courte introduction de François Villard dresse un portrait de l'époque classique grecque, avec ses contradictions, ses problématiques et sa chronologie, qui est la même pour tous les arts. La spécificité du court moment véritablement classique que représente l'Athènes de Périclès est soulignée et les multiples évolutions rappelées.


          La partie sur l'architecture, écrite par Roland Martin, après une introduction sur l'évolution historique du monde grec et ses conséquences sur la création architecturale, présente son propos non de façon purement chronologique mais plus thématique. L’auteur part de la définition de l'architecture classique (« l'épanouissement des formes classiques ») pour étudier ensuite des lignes de forces révélatrices de la création : « l'épanouissement des espaces intérieurs », « le développement des styles décoratifs », « la naissance et le développement de la composition architecturale » et « les conquêtes de l'urbanisme ». Le propos très théorisé est sans doute assez ardu à lire pour le néophyte, d'autant que l'auteur pour les besoins de sa brillante démonstration revient à plusieurs reprises sur un même bâtiment, pour en étudier tous les aspects. On en tire une vue d'ensemble très stimulante sur le fonctionnement et les ressorts des évolutions de l'architecture classique, mais il est plus difficile d'avoir une idée claire de chaque site ou édifice.


         La sculpture est traitée par Jean Charbonneaux de manière plus classiquement chronologique : le style sévère 480-450, le style classique 450-420, le style riche 420-370 et l’apparition du réalisme 390-340. L’auteur développe son propos, très centré sur la reconstitution des carrières et l'attribution aux maîtres dont la littérature nous a laissé les noms, en privilégiant nettement les originaux, même de petite sculpture, par rapport aux copies ultérieures.

 
         La peinture et la céramique sont expliquées par François Villard dans la troisième partie. On y suit les développements de la céramique à Athènes et en Grande-Grèce, mais un souci constant de trouver, dans les vases ou pour le 4e siècle dans les fresques romaines, un reflet de la grande peinture disparue, témoigne d'un axe de lecture largement abandonné aujourd'hui, quand les découvertes de Macédoine nous offrent maintenant un témoignage plus direct de la peinture.

 

         La nouvelle édition propose deux ajouts qui viennent actualiser des textes aujourd’hui anciens : une présentation et une mise à jour bibliographique. La présentation (p. 6-13) de Bernard Holtzmann forme une excellente introduction à l’ouvrage mais également à l’approche de la période classique de l’art grec. L’auteur pose en effet clairement les problèmes même de définition d’une période plus complexe que les découpages chronologiques ne le laisseraient penser, et à propos de laquelle les recherches ont évidemment beaucoup évolué depuis quarante ans. Il relève les limites de l’approche choisie alors par les auteurs, qui gomme les évolutions et les différences entre des phases très différentes de création artistique, choisissant de traiter la période par discipline d’un seul bloc. B. Holtzmann revient donc sur la définition même de la notion toute moderne de classicisme, aujourd’hui remise en cause, pour mieux montrer les articulations entre des périodes bien distinctes ; il redonne par ailleurs sa place au 4e siècle, souvent occulté dans l’approche traditionnelle par le moment classique du 5e siècle athénien, et qui se révèle pourtant d’une incroyable vitalité dans la création. L’auteur évoque ensuite les œuvres qui ont enrichi le corpus classique depuis la rédaction de l’ouvrage, et surtout le renouveau des études et des approches qui ont révélé sous un jour nouveau monuments, sculptures et céramiques. Enfin, une partie est consacrée aux découvertes de Macédoine qui, depuis 1977, ont fait connaître directement des exemples si rares de peinture mais aussi de l’art de cour macédonien sous Philippe II. Ce fut un véritable bouleversement dans nos connaissances et notre approche d’une période qui annonce, en tous les domaines, l’art hellénistique.

 

         La bibliographie de la première édition était particulièrement abondante : 422 entrées, présentées de manière fort commode, de manière thématique. Elle est aujourd’hui complétée de 190 nouvelles références par B. Holtzmann. L’ensemble fournit donc un outil référentiel très appréciable pour qui veut approfondir tel ou tel aspect de l’art grec classique et avec la présentation elle offre également un aperçu direct des nouveautés historiographiques. 

 

         Outre ces ajouts très appréciables, la nouvelle édition apporte des changements non négligeables par rapport à l’édition originale (changements encore une fois communs à tous les ouvrages de la série) : nouveau format plus réduit, réduction du nombre d’illustrations, changement de certaines photographies, nouvelle mise en page et réduction importante de la partie documentaire. Alors que l’ouvrage original proposait 404 illustrations en couleur et majoritairement en noir et blanc (386 dans le texte et 18 en annexes), la nouvelle édition en contient 245 (plus les 7 images de la présentation). Leur taille est globalement réduite et leur qualité parfois bien réduite (ainsi, la figure 140 est floue). Toutes les photographies ou plans en grand format sur pages pliées ont été réduits pour entrer dans des pages simples. Conséquence de la suppression de 159 images, des illustrations manquent et nuisent à la compréhension du texte si on ne connaît pas les œuvres. Par exemple, les amazones blessées de Phidias, Polyclète et Crésilas sont comparées p. 200-201, mais seule la première est illustrée fig. 244 ; dans l’édition originale, les trois photographies étaient présentées côte à côte p. 342. De même, la coupe éponyme du peintre de Penthésilée discutée p. 257 n’est plus illustrée (édition originale fig. 275). Autre point négatif : la réduction drastique des annexes documentaires. Le tableau synchronique de deux doubles pages a été supprimé, comme le dictionnaire-index, remplacé par un simple index. Les plans et restitutions et les quatre cartes ont été conservés. Notons enfin quelques manques de renvoi à des images placées à plusieurs pages de distance des textes qui en parlent (comme le relief d'Athéna, fig. 92 p.138, discuté p.132) et des appels de figures erronés (p. 307 : fig. 226 ; p.319 fig. 238 et non 239). La figure 133 n’est pas citée dans le texte.

 

         Cet ouvrage possède donc les mêmes caractéristiques que les volumes précédents sur l’art grec ; son texte de référence, aujourd’hui vieux de quarante ans, est ainsi à nouveau accessible dans une édition moins onéreuse et plus maniable que la précédente, avec une mise en perspective indispensable offerte par la présentation. Toutefois, la réédition n’a plus la même ambition éditoriale que celle du projet de Malraux et la part de l’iconographie a été bien réduite : on se réfèrera donc toujours à l’original qui n’a rien perdu de ses qualités esthétiques et didactiques, tandis que la lecture d’ouvrages plus récents sera sans doute indispensable pour comprendre l’art grec classique aujourd’hui.